Yacouta Yousfi

Yacouta Yousfi est maraîchère en bio à Saint Martin de Crau (13). Agricultrice depuis 2009, elle travaille sur une exploitation qui totalise 5 hectares de plein champ et 2 hectares de serres, contrôlée et certifiée par Ecocert.

Interview

  • 1. Présentez-nous votre exploitation.

    Dans l’immédiat je suis agricultrice cotisant solidaire (depuis février 2009) avant mon installation définitive à l’été 2010.J’ai repris une exploitation en conventionnel d’un producteur qui est parti à la retraite. En attendant le passage de toute mon exploitation en bio en septembre 2010, j’ai gardé une activité salarié. Pendant les 2 ans de conversion, j’ai semé des engrais verts dans les serres pour remonter le taux de matière organique du sol et laisser en quelque sorte les sols au repos ; j’ai également mis de la vesce avoine dans le plein champ.
    C’est une exploitation de taille moyenne, mais suffisamment grande pour pouvoir faire des rotations, mon souhait étant de faire un maximum de diversification et de planter également des arbres fruitiers plus tard.

  • 2. Pourquoi avez-vous choisi d’être agriculteur?

    Avant tout, par passion, goût du travail de la terre, de la culture des plantes, de la remise en question permanente face à la nature. Tous les sens sont sans cesse en éveil, c’est vraiment une autre façon de vivre, un autre monde.

  • 3. Quelles raisons vous ont conduit à passer en en agriculture biologique ?

    C’est l’évidence même, la production conventionnelle et productiviste est la plus grosse erreur de ce dernier siècle, nous en payons aujourd’hui les conséquences.
    Revenons à une agriculture respectueuse de l’environnement et de la sante des Hommes.

  • 4. Comment s’est passée la période de conversion ? (les étapes, les difficultés, le regard des autres, la commercialisation…)

    C’est une étape longue et financièrement lourde. J’ai préféré laisser les terres en friche plutôt que de produire en bio et vendre sur le marché conventionnel ou en conversion 2e année (C2). De toute façon, ça ne peut-être que bénéfique pour les sols car j’ai pu semer des engrais verts pendant 2 ans. Cette période est longue mais positive à moyen et long terme car les sols se seront reposés (moins de travail du sol, il y a eu incorporation de matière organique, récupération des nitrates par la plante, etc. Le regard des autres est un peu difficile par rapport aux voisins qui sont en conventionnel et qui sont très sceptiques quant à la réussite du projet, mais avec le temps ils changeront  j’espère  d’avis.

  • 5. Parlez-nous de ce que l’agriculture biologique a changé pour vous, dans vos pratiques, dans votre façon de penser, dans votre vie.

    J’ai vite compris ce que représente l’agriculture biologique et les responsabilités qui incombaient en fait à un producteur vis-à-vis de l’environnement et de la santé humaine. Pour moi, produire en bio est un enjeu majeur pour les futures générations. Tout est lié, le sol, la plante, les animaux, le climat, en fait, c’est nous qui devons nous adapter à la nature, et pas le contraire ; sinon on va contre nature et on crée des déséquilibres importants qui risquent de mettre en péril la planète.
    L’agriculture biologique nous permet d’être en osmose avec la nature ; c’est la plus belle chose qui puisse arriver parce qu’elle sait nous le rendre.
    Ma crainte est de voir arriver en bio de nouveaux producteurs qui appliqueraient les méthodes de l’agriculture productiviste sans avoir de notion de respect vis-à-vis de l’agriculture.

  • 6. A quoi êtes-vous particulièrement attentif dans votre activité ? (sol, biodiversité, auxiliaires…) ? Pourquoi ?

    Le respect des équilibres du sol est la base de l’agriculture biologique. A partir du moment où l’on trouve le bon équilibre, que l’on respecte les rotations, le travail du sol, cela aura pour conséquence de faire pousser la plante dans de bonnes conditions ; et la plante sera plus résistante face aux agressions (maladies, insectes….). Il y aura donc moins de problèmes phytosanitaires, plus de qualité, unmeilleur rendement, etc.

  • 7. Vous avez choisi d’adhérer à Mediterrabio. En quoi Mediterrabio est importante pour vous ?

    Pour moi, Mediterrabio a pour rôle de fédérer des producteurs qui ont la même passion, et qui font la plus belle chose au monde : nourrir les Hommes tout en respectant la terre et son environnement. Peu de métiers peuvent se vanter d’en faire autant ; bien au contraire, et c’est à ça que va nous servir Méditerrabio : à faire entendre aux consommateurs qu’en respectant la terre nous les respectons eux aussi. Elle va également nous permettre de nous rencontrer, d’échanger, de créer des outils, de faire face ensemble aux difficultés techniques, aux aléas du marché et à communiquer sur notre savoir faire et sur la garantie d’un produit 100% issu de l’agriculture biologique.

  • 8. En tant que paysan et membre de Mediterrabio, que souhaitez-vous dire aux consommateurs ?

    J’aimerais leur dire que chaque membre de Méditerrabio prend l’engagement de produire des fruits et légumes de qualité et de garantir un produit 100% bio, et qu’à partir du moment où ces conditions ne seraient pas respectées, le producteur n’aurait plus sa place dans l’association.
    Leur dire aussi qu’il faut qu’ils consomment bio. Leur expliquer que produire en bio c’est tout un métier, il faut de l’expérience, et on ne s’improvise pas producteur en bio du jour au lendemain car c’est une autre façon de voir l’agriculture dans son environnement, en se servant de la nature pour faire pousser les cultures et non pas avec des procédés qui n’ont rien à voir avec le travail du paysan. La nature est notre alliée et non pas une machine à produire. Il faudra faire attention à l’avenir à bien choisir nos producteurs, surtout ceux qui viennent du conventionnel uniquement pour des raisons financières et non pour des raisons de prise de conscience.

  • 9. Qu’attendez-vous des consommateurs ? Quels retours attendez-vous du consommateur et par quel biais ?

    Le consommateur doit revenir à des comportements plus rationnels et comparer ce qui est comparable. Ca ne dérange personne de payer une bouteille de soda sucrée avec des colorants un certain prix, par contre d’acheter une salade en bio à 1.5 euro, c’est trop cher !!!! Ayons le sens des priorités, revenons à des valeurs plus saines et qui soient bénéfiques pour l’agriculteur, l’environnement et la santé de nos enfants.